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Dans les années 60 à la suite de ce que l’histoire de l’art a nommé la crise du tableau de chevalet, plusieurs artistes vont délaisser la toile pour mettre le geste au cœur de leur pratique. Ce qui est dans l’air du temps, c’est que les objets tangibles transmettent le message mieux que n’importe quelle représentation qu’elle soit picturale ou photographique. Car celles-ci ne sont au final que de pâles copies du réel, de simples intermédiaires souvent inutiles. Jean Louis Sbeghen nous présente dans ce qui suit des artistes qui ont fait du geste et de l’objet des œuvres à part entière.

L’idée, c’est de révéler la poésie du réel par la mise en scène de ces objets. Ainsi, chaque artiste va choisir un geste, un thème qu’il va exploiter en série que ce soit par l’accumulation, la compression, l’emballage ou même le vide. Ces artistes recherchent de nouvelles formes pour aborder l’expérience du réel avec une certaine irrévérence.

Arman

Le premier artiste de la liste de Jean Louis Sbeghen est Arman et sa pratique qu’on pourrait rapprocher du syndrome de l’écureuil. Son geste, c’est l’accumulation simple et efficace. Le même objet répété plusieurs fois dans l’espace orchestre une forme de poésie visuelle à laquelle le spectateur ne s’attendrait pas. Imaginez 40 horloges dans les mêmes six pieds carrés, des pots à lait, des appareils photo, des chaussures, des masques à gaz ou des autos. La nature de l’objet importe peu pour Arman. Ce qui compte, c’est l’effet d’ensemble, le dialogue et la disposition des différentes pièces.

César

Notre deuxième artiste est César et ses voitures compressées. Lui, ramène à une forme danse des autos, des motos, des fourchettes, des canettes vides, du chiffon ou même du carton. En fait, tout ce qu’il peut trouver. Son but, produire des œuvres d’art en détournant la fonction industrielle de la compression. En d’autres mots, au lieu de produire des déchets en compressant des objets, on va pouvoir créer des œuvres d’art. Au final, ces objets acquièrent un caractère pictural et ludique puisque les spectateurs chercheront toujours à retracer l’objet d’origine.

Christo

Là où César et Arman s’efforcent de mettre à vue des objets, d’autres s’efforcent de les cacher. Le geste d’emballage de Christo dérobe au regard pour mieux révéler par la suite. Il est connu pour avoir emballé le pont-neuf à Paris, le palais du Reichstag à Berlin, et même le Parlement allemand. Mais il n’a pas emballé que des édifices urbains, il a aussi fait les œuvres en pleine nature. Il a emballé des arbres, 10 km entiers de côtes maritimes, et même des îles.

Yves Klein

Pour Jean Louis Sbeghen, avec Yves Klein, on atteint le sommet de l’ironie. Imaginez qu’on vous vend une zone de sensibilité picturale immatérielle c’est-à-dire « rien » et vous vous l’acheter, mais pas n’importe comment, en poudre d’or 1280 g, c’est-à-dire à peu près 55 dollars. L’artiste prend la moitié qu’il met dans la poche et le reste, on le jette. Et comme Yves Klein est gentil, il vous donne un reçu. Mais pour devenir propriétaire de ses œuvres, vous devez impérativement brûler ce reçu.